Internet, c’est un problème de plombier !
C’est quand même drôle de voir comment tous ceux qui ont fait de grandes écoles, de grandes études, de grands cabinets ministériels, de grandes entreprises, de grands monopoles (et pas que de télécommunications) … ont du mal avec Internet.
Internet, c’est comme de l’air, c’est comme de l’eau … c’est abondant, c’est dans l’atmosphère, mais sans contenant, c’est difficile à appréhender.
Que d’encre a pu faire couler cette « saloperie » (sic Séguéla) d’Internet.
Il ne se passe pas UN jour, sans que l’on lise n’importe quoi à son propos. Je pourrais même parler d’AMALGAME, tel l’illustre Finkielkraut, jamais à court de raccourcis au sujet d’Internet et qui déclarait « l’amalgame est une insulte à l’intelligence ».
Le dernier en date venant d’un autre « illustre » .. M. Perdriel, qui déclare « Internet peut-il jouer ce rôle? En théorie, c’est l’univers de la liberté. Dans la réalité, c’est celui des citations et rumeurs infondées. Aucune éthique, aucun contrôle, aucun moyen de démentir la fausse nouvelle. C’est pire encore que l’absence de régulation financière. »
Mais ce qui me pousse à réagir, malgré un brillant article du camarade (et néanmoins illustre) Guillaume Champeau, est bel et bien que je ne comprends pas que notre ministre de tutelle, ait pu tomber dans le piège, de la sorte.
Guillaume a raison, « L’Internet a plusieurs vitesses est respectueux de la neutralité du net« . Plus précisément, il PEUT être respectueux.
Il n’y a aucun rapport entre neutralité et vitesse de l’Internet. Et d’ailleurs, son titre est plus que bien vu, car il précise bien INTERNET et NET.
Je ne sais pas si c’est fait exprès, mais c’est bien vu. Internet est le réseau « non managé » que l’on connait assez peu et qui sert de support (entre autres) à ce que la plupart appellent « le Net » … (le fameux GYME (Google, Yahoo, Microsoft, Ebay) d’avant et qui maintenant aurait plutôt tendance à se concentrer en un AGF (Apple, Google, Facebook)
Donc, quand notre ministre déclare qu’un « Internet a plusieurs vitesses est absurde » … je m’étonne. Surtout ayant écrit un article récemment sur le sujet, je m’esbaudis … et qui plus est ayant déclaré le célébrissime « you pay for the bandiwth you have », je m’inquiète.
Mais à vrai dire, je crois que c’est la dernière phrase qui a fini de m’étouffer, tellement les clichés sont servis, au profit de quoi au juste ?
« … comme aujourd’hui vous pouvez déjà être enfermé dans le monde d’Apple » … ce qui est savoureux lorsque l’on voit qui utilise un MAC aujourd’hui … ouvrons les yeux svp … et demandons-nous si les utilisateurs de MAC sont aussi moutonniers et … absurdes ( ? ) que l’on veut nous le faire croire.
Alors rentrons juste un peu dans le sujet …
- Oui, un Internet a plusieurs vitesses peut exister et existe déjà Madame le Ministre … il ne faut pas confondre la vitesse du support et la vitesse des services dans le support que l’on peut volontairement dégrader. C’est exactement comme de confondre le DEBIT et la PRESSION. Oui, Internet, c’est de la PLOMBERIE, avec ce petit détail, que l’on ne demande pas au tuyau de s’adapter au type de contenu … que l’eau soit chaude ou froide, que l’on serve de l’eau potable ou que l’on parle de fosse septique, c’est pareil : c’est un problème de DEBIT et de PRESSION !
- Plus exactement, le débit et la pression déterminent un type de tuyau à utiliser. Vous pouvez essayer de faire passer 10 bars de pression dans un petit tuyau, vous y parviendrez. Par contre, vous ne sortirez jamais 1.000 litres / heure. La pression ne fait pas le débit ou pas complètement, loin s’en faut.
- Oui, nous aurions intérêt à prendre le problème sous l’angle du DEBIT (de la vitesse globale) car tous les usage(r)s n’ont pas les mêmes besoins.
- Oui, nous devons veiller à parler de PRESSION et la définir, comme ceux qui vendent de l’eau ou de l’électricité le font depuis longtemps. Et là, je m’étonne d’entendre tout et son contraire, sans jamais entendre parler de : QUALITE et de TRANSPARENCE !
- Oui, la qualité et la transparence peuvent avantageusement COMPLETER ce que l’on essaye de faire par la loi et la régulation.
En fait, je pense que si je devais créer, à nouveau, un opérateur, je crois que je reprendrais le problème et le marketing à la base, maintenant que le marché est « éduqué« . Je rajouterais une couche pour que l’on comprenne bien que demain, on ne rase pas gratuit et que la qualité à un coût et donc un prix.
- Je ne mélangerais pas le prix du support et le prix de l’Internet … ce qui permettrait de n’exclure aucun acteur, aucune configuration. Cela permettrait aussi d’avoir un modèle économique responsable, qui ne fasse pas financer par les uns les pertes Danaïdiales des autres.
- Je définirais un prix d’Internet en fonction du marché et des technologies … disons quelque chose comme 1 Mbps, 10 Mbps, 100 Mbps, 1 Gbps … et fonction de mes coûts et de mon image. Une renault ou une dacia, ce n’est pas tout à fait pareil, comme une Toyota et une Lexus … même si l’usage est à peu près le même. On se doute bien qu’il y a des coûts différents derrière, alors pourquoi pas entre deux « marques » de providers Internet ?
- Ensuite, je parlerais de taux de CONTENTION … c’est à dire, combien on met de clients à 1 Mbps, derrière un accès à 1 Mbps … Une contention, cela veut aussi dire que l’on peut faire mieux … c’est à dire servir plus de 1 Mbps, si j’ai souscrits 1 Mbps … mais pas moins.
- Comme tout ceci nous amène à un tableau à 3 dimensions, je simplifierais marketingement parlant en faisant un tableau à 2D, à l’américaine, avec des services +, ++ et juste des entrées dépendant du support et de la vitesse (ie: du DEBIT minimum garanti, en fonction de mes règles d’ingénierie (ie: cf contention)
Vous avez remarqué que je ne parle pas de symétrie … la symétrie est inhérente à l’Internet, aussi pourquoi tirer artificiellement sur des techniques nativement asymétriques ?
A la limite si j’ai 1 Mbps symétrique, cela me suffit à faire bcp de choses et je préfère cela mille fois à un 10 Mbps / 512 Kbps, le vent dans le dos.
Vous allez me dire que tout cela est bien compliqué, que cela ne marchera jamais, que les clients n’en sont pas là … Bien sûr, comme lorsque nous avons lancé Oléane, vous nous avez dit qu’Internet au forfait, illimité avec un service 24h/24, cela ne marcherait jamais.
Bien sûr … mais … c’était il y a très très longtemps … en ce temps là, il y avait :
Related posts:
2 Comments
Tweets that mention Internet, c’est un problème de plombier ! « Never give up ! -- Topsy.com
juin 17th, 2010
[...] This post was mentioned on Twitter by JM Planche, Aurélien MANCA. Aurélien MANCA said: Internet, c’est un problème de plombier ! http://www.jmp.net/2010/06/internet-cest-un-probleme-de-plombier/ [...]
Francois 2
juin 19th, 2010
J’ai malheureusement peur que NKM soit au contraire parfaitement dans la ligne du parti maintenant : affranchie et recadrée par le système.
Ce concept de multi-vitesses est uniquement un leurre destiné a cacher la vraie question de fond : l’ARPU…
Sous la pression des fonds d’investissement et de quelques autres industries en difficulté (sic), les Opérateurs – ne sachant plus comment faire croitre ce célèbre indice de tonte du mouton – s’en remettent maintenant a la méthode législative pour créer les segmentation de marché qu’ils sont totalement incapable de générer par eux mêmes.
Cette nouvelle segmentation forcée, assistée par les pauvres techniciens qui plongent tête la première dans ce sujet, leur permettra de redéfinir par la loi ce qui est inclus dans les incontournables 30€ de référence, devenant ainsi le « SMIC » Internet et ouvrant de fait la porte a un internet Premium a 50€, qui ne sera ni plus qui moins que notre actuel a 30€, réemballé et « légal…
Tout le reste me semble du brouhaha pour occuper les foules, pendant que le travail de fond est effectué a l’ombre

2