Financer des ambitions ou des rêves ?
Désolé du caractère un peu « coup de gueule » de ce billet, mais là, trop c’est trop.
Cela fait un moment que je m’interroge sur l’efficacité du « saupoudrage » des aides à « l’entreprenariat » en France et sur mon étonnement constant de croiser autant de « petits gars » qui veulent réussir en France, par eux-mêmes (ie: seuls), alors qu’ailleurs, on comprend bien mieux l’efficacité d’une construction collective.
Remarquez que je préfère encore cette pseudo volonté entrepreneuriale à rien du tout … mais je m’interroge sur les motivations et in finé sur l’efficacité de toutes ces aventures. Est-ce bien efficace tout cela … tant en terme de création de valeur, d »efficacité argent / temps, voir de destruction de valeur chez d’autres ?
Je m’étais déjà étonné lorsque j’étais jury national d’un concours destiné à « arroser » de près de 30 millions d’euros de notre argent si durement gagné, tout un aréopage de chercheurs, spécialistes es-subventions et aides. Oui, j’ose, désolé.
A cette époque, je suis passé proche de tout arrêter, pour cause d’une trop grande difficulté, de concours de circonstances fâcheuses, d’investisseurs qui changent d’idée au dernier moment et pour cause de crise et de serrage de vis un peu trop dur de la part de l’un de nos plus gros clients de l’époque.
Mais notre devise avec mon alter ego, co-fondateur est « Never give up », aussi il nous était impossible d’envoyer une quarantaine d’emplois à la poubelle, ainsi que 5 ans de lourds investissements financiers et humains.
Aussi, voir « distribuer » autant d’argent, de façon aussi « généreuse« , (ie: sans réelle contre partie) me troublait, presque autant que la désinvolte efficacité avec laquelle le président du jury : Jean-François Dehecq assurait la mission.
Tout ceci m’est revenu en mémoire, lorsque ce matin, un camarade journaliste, membre d’un autre jury, m’envoie gentiment un petit message pour me dire qu’il a rencontré le « patron » d’une startup qui lui dit que « je pourrais licencier sa techno » ???
A cela je suis toujours étonné, car généralement, c’est l’inverse … ceux qui ont quelque chose à vendre, font la démarche d’essayer de le faire, mais bon, j’avais déjà vu cela auparavant. Il semble que ce soit un mal typiquement français que de devoir chercher ceux qui auraient des choses intéressantes ou des compétences, comme s’ils se cachaient. Alors que je pensais qu’il fallait surtout en faire un atout commercial et le montrer … mais bon. « Commercial », chez certains chercheurs / ingénieurs, cela doit être un gros mot
(#troll on)
Je creuse un peu et cherche sur Internet par le nom de la fameuse société et alors que je découvre de quoi il ou plutôt de qui il s’agit, un SMS me confirme le nom du patron de la société, qui dit me connaitre !!!
Alors là, les bras m’en sont tombés …
Bien sûr que j’ai déjà rencontré le sieur en question … dans mon domaine, le monde est petit.
Je me suis vraiment demandé dans quel pays monde nous vivions …
Il s’agit d’un « chercheur« , embauché par l’un de nos clients opérateurs pour faire une thèse … et qui a participé à nous causer quelques retards, si bien qu’à un moment, je me suis demandé si le syndrome du NIH (Not Invented Here) n’avait pas frappé.
Sachant qu’un pôle de recherche se constituait chez cet opérateur, j’avais pris les devants et dès le début, demandé, insisté, pour qu’une collaboration intelligente s’organise. A eux la recherche fondamentale et à nous le développement et la commercialisation.
Résultat : NADA. Rien n’a été possible, à mon grand désespoir et étonnement. Si bien que nous avons dû travailler avec une société japonaise et qu’ensuite, à la vue des résultats et des problèmes insolubles, nous avons pris la décision de tout redévelopper nous même, avec nos propres idées et surtout notre entière maitrise sur la réalisation … A défaut de gâchis, on parlera du luxe de notre indépendance !
Aujourd’hui, ce chercheur est parti … et a créé sa société :
- Peut-être financée par mes nos impôts pour l’étude de faisabilité et quelques subsides pour démarrer,
- Recherche de l’argent pour tenter de développer un concurrent à notre technologie,
- Se dit que seul on est mieux entouré et reste dans son coin en ne surtout venant pas nous parler pour nous présenter son projet et voir si des choses sont possibles ensemble,
- Et le plus drôle …finit par penser que nous « devrions » licencier SA « technologie » … ???
Nous avons juste passé 4 ans à mettre la notre au point, sur ce secteur, avec 4 fois plus de ressources humaines que lui, mais bon … passons : les rêves lorsqu’ils forgent une ambition et non une illusion sont toujours respectables.
Et le pire … ce qui me vaut de passer un peu de temps sur ce billet et me vaut le risque d’apparaître encore plus « désagréable » que je ne le suis … c’est que ce n’est pas la première fois que je vis ce genre d’expérience. Déjà par le passé, j’ai rencontré un jeune fier, trop fier qui a préféré l’incertitude d’un destin personnel à une aventure collective internationale, avec d’autres moyens …
D’un côté, je leur dis BRAVO .. il faut oser. C’est bien de vouloir entreprendre.
De l’autre, je leur dis, comme mes compagnons de route me l’ont trop souvent répété au vélo : « la route est longue ».
Mon expérience me permet de savoir au moins une chose : je ne recommencerais jamais une aventure personnelle alors qu’il n’y a d’aventure entreprenariale que COLLECTIVE.
C’est ENSEMBLE que l’on est plus fort.
On fait SEUL, quand on n’a pas les moyens de faire autrement.
Aussi, je dis juste : faites comme vous le souhaitez, vous êtes libres de choisir les moyens et les buts, le chemin et la destination … mais mince …. pas avec mon argent nos impôts, de grâce, ayez cette décence ! Laissez-le à d’autres qui n’ont pas d’autres choix ou qui peuvent s’en servir mieux.
Quant à travailler ensemble … les portes sont ouvertes, tant que vous ne nous causez pas trop de tracas … il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, comme on dit.
Je pardonne, mais n’oublie pas.
C’est quand même dommage ce mal français de ne pas savoir nous organiser collectivement !
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6 Comments
Tweets that mention Financer des ambitions ou des rêves ? « Never give up ! -- Topsy.com
mai 20th, 2010
[...] This post was mentioned on Twitter by JM Planche and Olivier Ezratty, awbc. awbc said: RT @olivez Pourquoi il faut jouer collectif dans l'entrepreneuriat RT @jmplanche Financer des ambitions ou des rêves ? http://bit.ly/cSGxxP [...]
Cela rejoint un autre sujet un peu tabou en France : un certain manque d’éthique dans le business. Ca commence avec l’attitude des grandes entreprises (pression des fournisseurs, délais de paiement, syndrome NIH), ca s’ensuit avec l’attente de trouver toutes les réponses dans l’Etat, ca se retrouve par perfusion dans le comportement de certains jeunes entrepreneurs…
#Cela rejoint un autre sujet un peu tabou en France : un certain manque d’éthique dans le business
Tout fait Thierrh^h^hOlivier ![]()
Et cela sera aussi le sujet d’un prochain billet car ça aussi, c’est plus que pénible. J’en étais même arrivé à la conclusion qu’il faudrait faire un « label » de société ECO-CITOYENNES (qui ne paye pas ses fournisseurs beaucoup plus petit à 90 j fin de mois, qui ne perdent pas les factures, qui ont un service achat adapté aux structures comme les notres …)
Mais je pense maintenant que ce label pourrait être étendu beaucoup plus largement à tout l’éco-système …
Je m’étais déjà étonné lorsque j’étais jury national d’un concours destiné à « arroser » de près de 30 millions d’euros de notre argent si durement gagné, tout un aréopage de chercheurs, spécialistes es-subventions et aides. Oui, j’ose, désolé.A cette époque, je suis passé proche de tout arrêter, pour cause d’une trop grande difficulté, de concours de circonstances fâcheuses, d’investisseurs qui changent d’idée au dernier moment et pour cause de crise et de serrage de vis un peu trop dur de la part de l’un de nos plus gros clients de l’époque.Mais notre devise avec mon alter ego, co-fondateur est « Never give up », aussi il nous était impossible d’envoyer une quarantaine d’emplois à la poubelle, ainsi que 5 ans de lourds investissements financiers et humains.Aussi, voir « distribuer » autant d’argent, de façon aussi « généreuse« , (ie: sans réelle contre partie) me troublait, presque autant que la désinvolte efficacité avec laquelle le président du jury : Jean-François Dehecq assurait la mission.
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#Cela rejoint un autre sujet un peu tabou en France : un certain manque d’éthique dans le business
Tout fait Thierrh^h^hOlivier ![]()
Et cela sera aussi le sujet d’un prochain billet car ça aussi, c’est plus que pénible. J’en étais même arrivé à la conclusion qu’il faudrait faire un « label » de société ECO-CITOYENNES (qui ne paye pas ses fournisseurs beaucoup plus petit à 90 j fin de mois, qui ne perdent pas les factures, qui ont un service achat adapté aux structures comme les notres …)
Mais je pense maintenant que ce label pourrait être étendu beaucoup plus largement à tout l’éco-système …
« il n’y a d’aventure entreprenariale que COLLECTIVE. »:Merci pour cette réflexion, que l’on n’entend pas assez. Trop souvent, l’entrepreneur est représenté comme un individu isolé, un « héros solitaire », glorieux au départ, méprisé et rejeté en cas d’échec.
J’ai assisté à une présentation sur la création d’entreprise, et le discours était que les « start-up » ne sont crées que pour être vendues avec un maximum de profit au bout de quelques années. Pas pour se développer dans la durée.
Un label « eco-citoyen » =? RSE (responsabilité sociale et environnementale?
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